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La chaîne



La chaîne à mes pieds rompue par mon premier regard posé,

le fardeau déposé dès qu’il me fut devenu étrange,

les secrets étalés sans vergogne après tant de générations gardés,

les vengeances renoncées car la haine me fut épargnée

les bilans remis à zéro, la vie ne sait pas compter

c’est l’amnistie à travers le temps

la guerre terminée à l’intérieur de ma drôle d’histoire

et la paix pour les siècles des siècles



les enfants feront peau neuve

je leur remettrai toutes les clefs

les prisons devenues histoires à visiter

que pourrais-je leur dire et comment

pour qu’ils inventent tout de leur vie

sans rien laisser au hasard du passé

je leur veux des présents à perpétuité



maintenant est le moment

celui léger où je pourrai voler

j’aurai tout parcouru et m’en serai revenue

j’aurai voyagé jusqu’au point de départ

serai le monde ou son voyage

et je vivrai à m’en rassasier



tout ce que je vous laisserai

sera exempt de peine et fort bien payé

il y aura aux champs des fruits à pousser

un peu de vin de l’été passé et, en quelques mots,

le récit des dragons que j’ai vaincus

et les énigmes au Sphinx répondues

les cris, les labeurs et le cœur si tendre

les devoirs des anciens et leurs prières

alchimie de mon cru, je l’aurai distillé à rebours

et ce que je vous aurai légué

peut commencer au premier jour

les légendes sont la moitié du chemin

et ne savent rien à propos de demain



la peur pourrait bien crever à son tour

je n’irai pas aux funérailles

porterai plutôt mes fleurs aux cheveux

et danserai tant que je le peux



je ne lui en voudrai pas pourtant

elle me dépouilla de tant d’illusions

que je n’aurais pu

sans rencontrer tous ses démons

vous libérer tous

qui, depuis des siècles, me hantiez.