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la mort de l’amazone ou de son rêve


laissez-moi m’évanouir

m’enliser doucement en des sables mourants

réintégrer le néant où s’admettrait ma défaite

vous aurez beau déverser les mots-compassion

je n’en abdique pas moins devant ma peur

et le déni qui m’a si longtemps gardée debout

je ne veux même plus envisager

que ce monstre aux écailles aveuglantes

soit né des cendres encore brûlantes

sur l’autel d’un rêve immolé


j’ai cédé mon corps à la science de mon vivant

et laissé des mains dépourvues de toute pudeur

disséquer ma chair flétrie par l’inquiétude

arracher mon sein si tendre que je n’ai pas su défendre

hypnotisée par une voix plus forte encore


mes mots à jamais impuissants sous le scalpel

qui a plongé une lame froide et insensible

dans le corps fidèle de tous mes silences-martyrs


j’ai couché ma signature sur le testament

où j’ai légué, poussée par quelqu’échéance morbide,

mon pouvoir de regarder en face

ce qui me fait telle violence


j’ai remis à des sorciers sans coeur et sans remord

mon cri à exorciser

et espéré qu’ils sauraient le retenir

de briser tous les secrets

qu’on m’avait chargée de taire


et c’est ainsi qu’en silence

avec l’eau emprisonnée sous mes paupières baissées

j’ai signé de mon nom de jeune fille

ma démission dans ce trop dur combat

contre la plus tenace de toutes les illusions


voudras-tu fille rebelle

me pardonner si j’abdique maintenant

et ne te laisse qu’un ancien rêve comme talisman


je n’irai pas jusqu’à la terre que je t’avais promise

emportes-y ce qu’il reste de mes espoirs brisés

et, bien que l’énigme ait fini par me tuer,

puisses-tu, grâce à cet amour que je t’ai donné,

garder l’insolence qui aurait pu me délivrer

si mon rêve ne m’avait paru soudain si démesuré.



Maintenant que s'est brisé le sablier de sa mémoire, Simone nous confond, sa sœur et moi. Peut-être parce que je suis aussi l'aînée. Je comprends que ni sa beauté, ni sa ruse, ni son amour, ni ses leurres ne lui ont donné l'impression d'avoir égalé Germaine. Chaque reconnaissance 1ui a semblé une imposture, une erreur sur la personne. Aujourd'hui encore, c'est toujours le vilain petit canard qu'elle voit dans son miroir. »